Longtemps associée aux spectacles et aux pendules, l’hypnose est aujourd’hui étudiée dans les laboratoires de neurosciences et utilisée à l’hôpital. Mais que sait-on vraiment de son fonctionnement ? Que se passe-t-il dans le cerveau pendant une séance, et pour quelles situations son efficacité est-elle démontrée ? Voici un tour d’horizon de ce que disent les études scientifiques et médicales, sans promesses excessives.
L’hypnose, c’est quoi exactement ?
La définition de référence a été proposée par la division « hypnose » de l’American Psychological Association. L’hypnose y est décrite comme :[1]
« un état de conscience impliquant une attention focalisée et une réduction de la conscience périphérique, caractérisé par une capacité accrue à répondre à la suggestion » (traduction).
Autrement dit, l’attention se concentre sur une chose (une image, une sensation, la voix du praticien) pendant que le reste passe au second plan. C’est un état que tout le monde connaît au quotidien : lorsqu’on est absorbé par un livre au point de ne plus entendre ce qui se passe autour, ou lorsqu’on arrive au bout d’un trajet familier sans se souvenir de la route.
La même définition distingue plusieurs notions souvent confondues :
- l’induction : la façon d’amener cet état (par la voix, l’imagination, un exercice d’attention…) ;
- la suggestion : les propositions faites pendant la séance (ressentir une sensation, imaginer une situation autrement…) ;
- l’hypnotisabilité : la capacité propre à chacun à répondre à ces suggestions ;
- l’hypnothérapie : l’utilisation de l’hypnose pour accompagner une difficulté médicale ou psychologique.
Contrairement à une idée répandue, l’hypnose n’est pas du sommeil : la personne reste éveillée, consciente de ce qui se passe, et peut interrompre la séance à tout moment.
Ce que montre l’imagerie cérébrale
Depuis une trentaine d’années, l’IRM fonctionnelle et la tomographie par émission de positons (TEP) permettent d’observer le cerveau pendant l’hypnose. Plusieurs résultats font aujourd’hui référence.
Une attention qui se concentre
En 2016, une équipe de l’université de Stanford a observé en IRM le cerveau de 57 personnes, plus ou moins réceptives à l’hypnose[2]. Chez les personnes très réceptives, trois changements apparaissent pendant l’hypnose :
- une baisse d’activité du cortex cingulaire antérieur dorsal, une région qui fait partie du « réseau de la saillance », chargé de repérer ce qui mérite notre attention ou notre inquiétude ;
- une connexion renforcée entre le cortex préfrontal dorsolatéral et l’insula : autrement dit, entre une zone qui planifie et contrôle nos actions et une zone qui traite ce qui se passe dans le corps ;
- une connexion réduite entre le cortex préfrontal dorsolatéral et le « réseau du mode par défaut », actif lorsqu’on pense à soi ou que l’esprit vagabonde.
Pour les chercheurs, ces changements correspondent à ce que décrivent les personnes sous hypnose : une grande concentration, moins de distance critique vis-à-vis de ce qu’elles font, et un lien plus direct entre l’esprit et les sensations du corps.
Une perception réellement modifiée
L’une des études les plus citées a été publiée en 1997 dans la revue Science[3]. Des volontaires plongeaient la main dans une eau très chaude pendant qu’on leur suggérait, sous hypnose, que la sensation était plus désagréable, ou moins désagréable. Résultat : la sensation physique était la même, mais son caractère désagréable variait avec les suggestions, et l’activité du cortex cingulaire antérieur suivait ces variations. Le cortex somatosensoriel, qui code l’intensité de la sensation elle-même, ne changeait pas.
En 2000, l’équipe du CHU de Liège a confirmé en TEP que l’hypnose diminuait à la fois l’intensité perçue et le caractère désagréable de stimulations douloureuses, là encore en mobilisant le cortex cingulaire antérieur[4]. Ces travaux montrent que l’effet de l’hypnose sur la douleur n’est pas « imaginaire » : il correspond à des modifications mesurables du traitement de l’information dans le cerveau.
Des automatismes qui peuvent être modulés
En 2005, des chercheurs ont utilisé un test classique de psychologie, l’effet Stroop, qui mesure un automatisme : lire un mot, même quand on nous demande seulement d’en nommer la couleur[5]. Chez des personnes très réceptives, une suggestion hypnotique a suffi à réduire fortement cet automatisme, avec une baisse d’activité dans les zones visuelles et dans le cortex cingulaire antérieur.
Cette étude illustre une idée centrale : la suggestion peut agir sur des processus que l’on croit hors de tout contrôle. C’est ce qui rend l’hypnose intéressante pour travailler sur des réactions automatiques, comme une envie, une peur ou une tension, même si ces résultats de laboratoire ne se transposent pas tels quels à la vie quotidienne.
Tout le monde est-il réceptif ?
L’hypnotisabilité varie d’une personne à l’autre. Une minorité de personnes y est très réceptive, une autre l’est peu, et la majorité se situe entre les deux. Ce n’est ni une question de crédulité ni de faiblesse de caractère : il s’agit plutôt d’une capacité d’absorption et de concentration.
Cette réceptivité compte. Une méta-analyse de 2019, portant sur 85 essais contrôlés et 3 632 participants, montre que l’hypnose réduit la douleur de façon cliniquement significative chez 42 % des personnes très réceptives et 29 % des personnes moyennement réceptives, avec des bénéfices plus faibles chez les personnes peu réceptives[6]. C’est aussi pour cette raison que la façon de mener la séance doit s’adapter à chacun : certaines personnes entrent plus facilement en hypnose par l’action et l’expérience concrète que par la relaxation.
Ce que dit la recherche médicale
À l’hôpital : l’hypnosédation
En France, l’Inserm a publié en 2015 une évaluation de référence de l’efficacité de l’hypnose[7]. Son résultat le plus solide concerne l’hypnosédation : utilisée pendant une intervention chirurgicale ou un examen (biopsie, coloscopie, extraction dentaire…), l’hypnose permet de réduire la consommation d’antalgiques et de sédatifs. Le CHU de Liège, en Belgique, a été l’un des pionniers de cette pratique dès les années 1990. Pour en savoir plus, lisez notre article Se faire opérer sous hypnose : ce qui se passe vraiment au bloc opératoire.
Aux États-Unis, un essai mené auprès de 200 patientes opérées du sein a montré qu’une séance d’hypnose de 15 minutes avant l’opération réduisait les besoins en anesthésiques, la douleur, les nausées et la fatigue après l’intervention, tout en raccourcissant la durée de l’opération d’environ 11 minutes[8].
La douleur
La méta-analyse citée plus haut conclut à un effet analgésique de l’hypnose sur l’ensemble des mesures de la douleur étudiées[6]. Les auteurs y voient une piste sûre et complémentaire aux traitements, tout en soulignant le besoin de davantage d’études sur la douleur chronique.
Le syndrome de l’intestin irritable
L’Inserm relève que des séances régulières d’hypnose limitent les symptômes digestifs du syndrome de l’intestin irritable[7]. Au Royaume-Uni, les recommandations officielles du NICE proposent d’ailleurs l’hypnothérapie aux personnes dont les symptômes persistent malgré les traitements médicamenteux[9].
Là où les preuves manquent encore
L’honnêteté impose aussi de dire ce que la recherche ne montre pas, ou pas encore. Selon l’Inserm, les données disponibles ne permettent pas de conclure pour la douleur de l’accouchement, la prévention de la dépression du post-partum, la schizophrénie, les soins dentaires ou l’arrêt du tabac[7].
Pour le tabac, une revue Cochrane de 2019 (14 essais, 1 926 participants) conclut que les preuves sont insuffisantes pour dire que l’hypnothérapie est plus efficace que d’autres formes de soutien, et que si un bénéfice existe, il est probablement modeste[10]. Cela ne signifie pas que l’hypnose ne peut pas aider à arrêter de fumer : les études disponibles sont peu nombreuses, souvent de petite taille, et comparent le plus souvent l’hypnose à d’autres formes d’accompagnement plutôt qu’à l’absence d’aide.
Sur le terrain, les résultats observés en cabinet et les retours des personnes accompagnées sont un autre élément à prendre en compte. Ils n’ont pas la valeur d’une preuve scientifique, mais ils témoignent de ce que l’hypnose peut apporter, en particulier lorsque la décision d’arrêter est bien présente. C’est dans cet esprit que je propose un accompagnement à l’arrêt du tabac : avec conviction, mais sans promesse de résultat.
Plusieurs chercheurs soulignent enfin la difficulté d’évaluer l’hypnose avec les méthodes conçues pour les médicaments : une séance est toujours personnalisée, et il est difficile de proposer un « placebo » crédible. Côté sécurité, l’Inserm note que les effets indésirables sont rares et qu’aucun effet grave attribuable à l’hypnose n’a été identifié[7].
Trois idées reçues à oublier
- « On perd le contrôle. » Non : la personne reste consciente, peut parler, bouger et arrêter la séance. Une suggestion est une proposition, pas un ordre.
- « Ça ne marche que sur les gens influençables. » La réceptivité à l’hypnose correspond à une capacité d’absorption, pas à de la naïveté. Les personnes sceptiques ou très rationnelles peuvent tout à fait vivre une séance.
- « L’hypnose remplace un traitement. » Non : elle vient en complément d’un suivi médical ou psychologique, jamais à la place.
Et concrètement, en séance ?
Ces connaissances guident ma façon de travailler. Plutôt qu’une simple relaxation, je pratique une hypnose active, qui s’appuie sur des phénomènes que vous ressentez concrètement, et je construis chaque séance à partir de votre façon de fonctionner. C’est particulièrement important pour les personnes neuroatypiques, pour qui les approches standard ne conviennent pas toujours.
Vous vous demandez si l’hypnose peut vous aider pour le stress, le sommeil, une douleur ou un autre motif ? Le plus simple est d’en parler : écrivez-moi, je vous répondrai honnêtement, y compris si une autre approche me semble plus adaptée.
Cet article a une visée d’information. Il ne remplace pas l’avis d’un médecin : n’interrompez jamais un traitement sans en parler avec lui.
Pour aller plus loin
- Vous vous reconnaissez dans certains traits du TDAH, de l’autisme ou des troubles dys ? Le questionnaire neuroatypies pour adultes vous aide à faire le point en quelques minutes, avant d’en parler à un professionnel.
- Pour le quotidien, j’ai réuni une sélection de livres et outils utiles aux personnes neuroatypiques : guides sur le TDAH, outils de régulation sensorielle, minuteur visuel…
Sources
- Elkins G. R., Barabasz A. F., Council J. R., Spiegel D. Advancing research and practice: the revised APA Division 30 definition of hypnosis. International Journal of Clinical and Experimental Hypnosis, 2015. Consulter la source
- Jiang H., White M. P., Greicius M. D., Waelde L. C., Spiegel D. Brain activity and functional connectivity associated with hypnosis. Cerebral Cortex, 2017 (en ligne en 2016). Consulter la source
- Rainville P., Duncan G. H., Price D. D., Carrier B., Bushnell M. C. Pain affect encoded in human anterior cingulate but not somatosensory cortex. Science, 1997. Consulter la source
- Faymonville M.-E. et al. Neural mechanisms of antinociceptive effects of hypnosis. Anesthesiology, 2000. Consulter la source
- Raz A., Fan J., Posner M. I. Hypnotic suggestion reduces conflict in the human brain. PNAS, 2005. Consulter la source
- Thompson T. et al. The effectiveness of hypnosis for pain relief: a systematic review and meta-analysis of 85 controlled experimental trials. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 2019. Consulter la source
- Gueguen J., Barry C., Hassler C., Falissard B. Évaluation de l’efficacité de la pratique de l’hypnose. Inserm, 2015. Consulter la source
- Montgomery G. H. et al. A randomized clinical trial of a brief hypnosis intervention to control side effects in breast surgery patients. Journal of the National Cancer Institute, 2007. Consulter la source
- NICE. Irritable bowel syndrome in adults: diagnosis and management (recommandation CG61). Consulter la source
- Barnes J. et al. Hypnotherapy for smoking cessation. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2019. Consulter la source