Se faire opérer sous hypnose : ce qui se passe vraiment au bloc opératoire

Illustration : scialytique de bloc opératoire dont la lumière centrale laisse apparaître un paysage de montagnes au coucher du soleil

Imaginez : vous êtes allongé sur la table d’opération, parfaitement éveillé. Le chirurgien intervient sur votre thyroïde ou sur votre sein, et pendant ce temps, vous vous promenez en pensée sur un sentier de montagne, un jour d’été. Vous entendez la voix qui vous guide, vous pouvez parler, et pourtant l’opération se déroule sans que vous en souffriez.

Ce n’est pas de la science-fiction. Cela s’appelle l’hypnosédation, et c’est pratiqué depuis plus de trente ans dans certains hôpitaux. Voici comment cela fonctionne, ce que montrent les études… et ce qu’il faut savoir avant d’imaginer se passer d’anesthésie générale.

Liège, 1992 : l’hypnose entre au bloc

L’histoire moderne de l’hypnose au bloc opératoire commence en Belgique. En 1992, la Pre Marie-Élisabeth Faymonville, anesthésiste au CHU de Liège, commence à proposer à certains patients d’être opérés sous hypnose plutôt que sous anesthésie générale[1][2].

La technique s’installe durablement : en 2007, plus de 5 350 patients en avaient déjà bénéficié à Liège, en chirurgie plastique, endocrinienne (notamment la thyroïde), abdominale, ORL et gynécologique[1]. Depuis, l’hypnosédation s’est diffusée dans de nombreux hôpitaux, en Belgique comme en France.

Ce n’est pas « l’hypnose à la place de l’anesthésie »

C’est l’idée reçue la plus répandue, et la plus importante à corriger. L’hypnosédation n’est pas une opération « à vif » sous simple hypnose. Elle associe trois éléments[1] :

  • l’hypnose, qui modifie la façon dont le patient vit l’intervention ;
  • une anesthésie locale, faite par le chirurgien sur la zone opérée ;
  • une sédation légère par voie intraveineuse, ajustée en continu par l’équipe d’anesthésie.

Le patient reste conscient et peut communiquer avec l’équipe. L’anesthésiste est présent du début à la fin et peut, à tout moment, renforcer la sédation ou passer à une anesthésie générale si besoin.

Comment se déroule une opération sous hypnose ?

  1. Avant le jour J, l’équipe d’anesthésie vérifie que l’intervention s’y prête et que le patient est volontaire. On choisit ensemble un souvenir ou un lieu agréable, qui servira de fil conducteur.
  2. Au bloc, le praticien formé à l’hypnose (souvent un anesthésiste ou un infirmier anesthésiste) guide le patient vers l’état hypnotique en l’invitant à revivre ce souvenir, avec ses images, ses sons, ses sensations[1].
  3. Pendant l’intervention, la voix accompagne le patient en continu. Il reste « ailleurs », tout en sachant où il est.
  4. À la fin, le patient revient progressivement, sans le réveil parfois difficile d’une anesthésie générale.

En 2018, au CHU de Lille, un homme de 88 ans a ainsi bénéficié d’un remplacement de valve cardiaque par cathéter sous hypnose, avec une simple anesthésie locale au point de ponction. Pendant l’intervention, l’infirmière hypnothérapeute l’a fait parler de ses passions : son jardin et ses voyages. Le chef de service résumait : « Avec l’hypnose, le patient récupère immédiatement. »[3]

Ce que montrent les études

Moins de médicaments, moins de douleur

En 1997, l’équipe de Liège a comparé l’hypnose à des techniques classiques de gestion du stress chez 60 patients opérés en chirurgie plastique sous anesthésie locale et sédation[4]. Dans le groupe hypnose :

  • les besoins en antidouleur (alfentanil) étaient deux fois moindres ;
  • l’anxiété et la douleur, pendant et après l’opération, étaient plus faibles ;
  • les nausées après l’intervention ont concerné 6,5 % des patients, contre 30,8 % dans l’autre groupe ;
  • les patients se sentaient davantage en contrôle, et leur satisfaction était plus élevée.

Des interventions plus courtes et plus stables

En 2000, un essai publié dans The Lancet a suivi 241 patients lors d’interventions radiologiques et vasculaires[5]. Avec l’autohypnose, la douleur est restée stable pendant toute l’intervention, alors qu’elle augmentait avec le temps dans le groupe standard. Les patients sous hypnose ont eu besoin de deux fois moins de médicaments, les interventions ont duré en moyenne 61 minutes au lieu de 78, et un seul patient a présenté une instabilité cardiovasculaire, contre douze dans le groupe standard.

En 2007, un autre essai mené auprès de 200 patientes opérées du sein a montré qu’une séance d’hypnose de 15 minutes avant l’opération réduisait les besoins en anesthésiques, la douleur, les nausées et la fatigue après l’intervention, tout en raccourcissant l’opération d’environ 11 minutes[6].

Une vue d’ensemble

Une méta-analyse de 20 études contrôlées conclut que les patients ayant bénéficié d’une hypnose en complément de leur prise en charge chirurgicale obtenaient de meilleurs résultats que 89 % des patients des groupes témoins : douleur, anxiété, consommation de médicaments, récupération[7].

En France, l’évaluation de référence de l’Inserm, publiée en 2015, retient l’hypnosédation comme l’une des indications les mieux documentées : elle réduit la consommation d’antalgiques et de sédatifs pendant les interventions chirurgicales et les actes de radiologie interventionnelle[8]. À l’Institut Curie, à Paris, une analyse présentée en 2018 portant sur 150 patientes, principalement opérées d’un cancer du sein, a rapporté des conditions confortables pour la patiente et le chirurgien dans 99 % des cas[9].

Pourquoi ça fonctionne ?

Les travaux menés à Liège en imagerie cérébrale montrent que, sous hypnose, la perception de la douleur diminue alors que les sensations non douloureuses restent présentes, avec une moindre activation des régions qui traitent la douleur, comme le cortex cingulaire antérieur et l’insula[1].

Concrètement, le patient ne « dort » pas : son attention est tellement absorbée par l’expérience qu’il revit que les signaux venant de la zone opérée passent au second plan. Il sait qu’il est au bloc, mais cela ne le concerne presque plus.

Est-ce possible pour tout le monde ?

Non, et c’est important de le savoir. L’hypnosédation n’est pas proposée pour toutes les interventions : elle concerne surtout des opérations superficielles ou de durée limitée, réalisables sous anesthésie locale. Elle suppose aussi que le patient soit volontaire, et que l’équipe soit formée à cette pratique.

La décision appartient toujours à l’équipe médicale : si le sujet vous intéresse, parlez-en à votre chirurgien ou lors de la consultation d’anesthésie.

Et en dehors du bloc ?

L’hypnosédation est un acte médical, réalisé par des équipes hospitalières formées. Mais les études montrent aussi l’intérêt de l’hypnose avant une intervention : l’essai de 2007 portait justement sur une courte séance préopératoire[6].

C’est un accompagnement que je propose en cabinet : apprivoiser l’appréhension d’une opération ou d’un examen, mieux dormir les nuits qui précèdent, et apprendre une technique d’autohypnose à utiliser le jour J. Toujours en complément de l’équipe médicale, jamais à sa place. Pour en savoir plus, consultez les pages stress et anxiété et douleurs, ou écrivez-moi.

Cet article a une visée d’information. Il ne remplace pas l’avis de votre médecin, de votre chirurgien ou de votre anesthésiste.

Pour aller plus loin

Sources

  1. Faymonville M.-E., Boly M., Laureys S. L’hypnose : mécanismes neuro-physiologiques. Revue médicale de Liège, 2007 ; 62. Consulter la source
  2. L’hypnose s’invite en salle d’op. La Libre Belgique, 2009. Consulter la source
  3. Lille : un homme de 88 ans opéré du cœur sous hypnose. Pourquoi Docteur, 2018. Consulter la source
  4. Faymonville M.-E. et al. Psychological approaches during conscious sedation. Hypnosis versus stress reducing strategies: a prospective randomized study. Pain, 1997 ; 73(3) : 361-367. Consulter la source
  5. Lang E. V. et al. Adjunctive non-pharmacological analgesia for invasive medical procedures: a randomised trial. The Lancet, 2000. Consulter la source
  6. Montgomery G. H. et al. A randomized clinical trial of a brief hypnosis intervention to control side effects in breast surgery patients. Journal of the National Cancer Institute, 2007 ; 99 : 1304-1312. Consulter la source
  7. Montgomery G. H., David D., Winkel G., Silverstein J. H., Bovbjerg D. H. The effectiveness of adjunctive hypnosis with surgical patients: a meta-analysis. Anesthesia & Analgesia, 2002 ; 94(6) : 1639-1645. Consulter la source
  8. Gueguen J., Barry C., Hassler C., Falissard B. Évaluation de l’efficacité de la pratique de l’hypnose. Inserm, 2015. Consulter la source
  9. Chirurgie : en France, l’hypnose comme alternative à l’anesthésie générale. Pourquoi Docteur, 2018 (étude de l’Institut Curie présentée au congrès Euroanaesthesia). Consulter la source
Nicolas Delage, hypnothérapeute au Fontanil-Cornillon, près de Grenoble

À propos de l’auteur

Nicolas Delage, hypnothérapeute à Grenoble

Hypnothérapeute certifié en hypnose ericksonienne, plus de 20 000 séances, avec une attention particulière aux personnes neuroatypiques.

Nicolas Delage, hypnothérapeute au Fontanil-Cornillon, près de Grenoble
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