TDAH, autisme, dyslexie, dyspraxie… Ces mots sont partout : dans les médias, sur les réseaux sociaux, dans les conversations entre parents. On les entend parfois employés à tort et à travers, parfois avec beaucoup de justesse. Mais que sait-on vraiment, scientifiquement, de ces troubles ? Comment se manifestent-ils, combien de personnes sont concernées, et qu’est-ce qui relève, ou non, d’un trouble du neurodéveloppement ?
Voici un point clair et sourcé, pour mieux comprendre.
Qu’appelle-t-on un trouble du neurodéveloppement ?
Les troubles du neurodéveloppement (TND) regroupent des troubles qui apparaissent au cours du développement de l’enfant et qui sont liés à la façon dont le cerveau s’est développé. Ils ne sont pas causés par un manque d’éducation, de volonté ou d’intelligence, et ils se poursuivent souvent à l’âge adulte.
En France, la stratégie nationale pour les TND 2023-2027 distingue quatre grandes familles[1] :
- les troubles du spectre de l’autisme (TSA), qui concernent 1 à 2 % de la population ;
- le trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), qui concerne environ 6 % des enfants et 3 % des adultes ;
- les troubles « dys » (dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, dysphasie, dyspraxie…), qui concernent environ 8 % de la population ;
- le trouble du développement intellectuel (TDI), qui concerne environ 1 % de la population.
Au total, les TND concernent une personne sur six. Et plus de la moitié des personnes qui ont un TND en ont au moins un second[1].
L’autisme (TSA)
Deux grandes dimensions
La classification internationale de référence, le DSM-5, définit l’autisme par deux grandes dimensions[2] :
- des différences dans la communication et les interactions sociales : réciprocité dans les échanges, communication non verbale (regard, gestes, expressions du visage), difficulté à nouer ou ajuster les relations selon le contexte ;
- des comportements, des intérêts ou des activités restreints et répétitifs : mouvements répétitifs, besoin de routine et détresse face aux changements, intérêts très intenses et spécifiques.
Cette seconde dimension inclut un élément longtemps sous-estimé : les particularités sensorielles. Une personne autiste peut être très sensible à certains sons, textures, lumières ou odeurs, ou au contraire peu réactive à la douleur ou à la température[2].
Un spectre, et des diagnostics parfois tardifs
On parle de « spectre » parce que l’autisme se manifeste de façon très différente d’une personne à l’autre, avec des besoins d’accompagnement très variables. Chez l’enfant, la Haute Autorité de santé liste des signes d’alerte à repérer tôt : absence de gestes pour communiquer (pointer du doigt, faire « au revoir »), retard de langage, peu d’intérêt pour les interactions, difficultés d’attention conjointe, intérêts restreints[3]. Le diagnostic est aujourd’hui le plus souvent posé entre 3 et 5 ans, alors qu’un repérage vers 18 mois permettrait d’intervenir plus tôt[3].
Mais le DSM-5 le précise lui-même : les signes peuvent ne devenir pleinement visibles que lorsque les exigences sociales dépassent les capacités de la personne, ou être masqués par des stratégies apprises[2]. C’est ce que l’on appelle souvent le « camouflage », et c’est l’une des raisons pour lesquelles de nombreux adultes découvrent leur autisme tardivement.
Les filles, longtemps sous-diagnostiquées
On a longtemps estimé qu’il y avait quatre garçons autistes pour une fille. Une méta-analyse de 54 études situe plutôt ce rapport autour de 3 pour 1, et souligne que les filles autistes sont plus souvent « oubliées, mal diagnostiquées ou identifiées tardivement », notamment parce qu’elles camouflent davantage leurs difficultés[4].
Le TDAH
Inattention, hyperactivité, impulsivité
Le TDAH se caractérise par un niveau d’inattention et/ou d’hyperactivité-impulsivité inhabituel pour l’âge, présent depuis au moins six mois et dans plusieurs contextes (maison, école, travail…). Le consensus international de la World Federation of ADHD, qui rassemble 208 conclusions fondées sur les preuves, estime qu’il concerne 5,9 % des jeunes et 2,5 % des adultes, avec des chiffres comparables sur tous les continents[5].
Concrètement, l’inattention se traduit par des difficultés à maintenir son attention, à s’organiser, à terminer une tâche ou à ne pas perdre ses affaires. L’hyperactivité-impulsivité se manifeste par une agitation, un besoin de bouger, des difficultés à attendre son tour ou une tendance à agir avant de réfléchir. Les deux dimensions peuvent coexister, ou l’une peut dominer.
Une dimension émotionnelle
Le TDAH ne se résume pas à l’attention. Le même consensus rapporte que les jeunes avec un TDAH ont nettement plus de difficultés à réguler leurs réactions face à la nouveauté ou au stress[5]. Les émotions peuvent monter vite et fort, ce qui pèse souvent autant que l’inattention au quotidien.
Pas qu’une affaire d’enfants
Le TDAH a une forte composante génétique, liée à de nombreux gènes ayant chacun un petit effet, en interaction avec l’environnement[5]. Il ne disparaît pas toujours avec l’âge : environ un jeune sur six remplit encore tous les critères à 25 ans, et environ la moitié garde des difficultés résiduelles[5]. Chez l’adulte, l’hyperactivité visible laisse souvent place à une agitation intérieure, à des difficultés d’organisation et à une grande fatigue mentale.
Les troubles « dys »
Les troubles « dys » sont des troubles spécifiques : ils touchent une fonction précise, alors que l’intelligence globale est préservée. On y retrouve notamment[1][6] :
- la dyslexie et la dysorthographie : difficultés durables à apprendre à lire et à écrire ;
- la dyscalculie : difficultés avec les nombres et le calcul ;
- la dysphasie (trouble du langage oral) ;
- la dyspraxie (trouble du développement de la coordination) : difficultés à planifier et coordonner les gestes, qui rendent l’écriture, l’habillage ou le sport plus coûteux.
Ces troubles ne s’expliquent ni par un manque de travail ni par un manque de stimulation : ils persistent malgré un enseignement adapté, et demandent souvent une rééducation (orthophonie, ergothérapie, psychomotricité).
Le trouble du développement intellectuel
Le trouble du développement intellectuel (TDI) se caractérise par des limitations du fonctionnement intellectuel et de l’adaptation à la vie quotidienne, apparues pendant le développement. Il concerne environ 1 % de la population[1].
Des troubles qui se croisent souvent
C’est l’un des enseignements majeurs de la recherche : les TND vont rarement seuls. Au-delà du fait que plus d’une personne sur deux présente au moins deux TND[1], une vaste méta-analyse portant sur les personnes autistes relève que[7] :
- 28 % ont aussi un TDAH ;
- 20 % présentent un trouble anxieux ;
- 13 % ont des troubles du sommeil ;
- 11 % présentent un trouble dépressif.
De même, le TDAH s’accompagne souvent d’anxiété, de dépression ou d’autisme[5]. Ces associations expliquent pourquoi deux personnes avec le même diagnostic peuvent vivre des réalités très différentes, et pourquoi l’accompagnement doit toujours être individualisé.
Et le HPI, l’hypersensibilité ?
On les associe souvent aux TND, notamment sous le terme de « neuroatypie ». Pourtant, ils n’en font pas partie. Le haut potentiel intellectuel n’est pas un diagnostic du DSM-5 et ne doit pas être considéré comme une pathologie[8]. Quant au lien entre HPI et hypersensibilité, il est souvent exagéré : tous les HPI ne sont pas hypersensibles, et inversement[8].
Cela n’enlève rien à ce que vivent les personnes concernées : on peut se sentir « différent », avoir un fonctionnement atypique et en souffrir, sans pour autant avoir un trouble du neurodéveloppement. Et un HPI peut aussi coexister avec un TDAH ou un autisme.
Ce que ces connaissances changent au quotidien
- Mettre des mots sur un fonctionnement permet souvent de sortir de la culpabilité : « je ne suis pas paresseux », « je ne suis pas bizarre ».
- Le diagnostic appartient aux professionnels de santé : psychiatre, neuropsychologue, orthophoniste… Les tests en ligne ou les listes de symptômes ne suffisent pas, d’autant que les TND se chevauchent. Vous trouverez des contacts sur la page professionnels recommandés.
- Un accompagnement adapté tient compte de l’ensemble du fonctionnement : attention, sensorialité, émotions, fatigue.
L’hypnose ne soigne pas un trouble du neurodéveloppement. Mais adaptée au fonctionnement de chacun, elle peut aider sur les difficultés qui l’accompagnent souvent : stress, sommeil, émotions, confiance en soi.
C’est tout le sens de mon accompagnement des personnes neuroatypiques : une hypnose active, expliquée, qui s’ajuste à votre façon de penser et de ressentir. Une question ? Écrivez-moi.
Cet article a une visée d’information. Il ne permet pas de poser un diagnostic : si vous vous posez des questions pour vous ou pour votre enfant, parlez-en à un médecin.
Sources
- Délégation interministérielle à la stratégie nationale pour les TND. Chiffres clés de la stratégie nationale 2023-2027 pour les troubles du neurodéveloppement. Consulter la source
- American Psychiatric Association. DSM-5 : critères diagnostiques du trouble du spectre de l’autisme (présentation par l’Interagency Autism Coordinating Committee). Consulter la source
- Haute Autorité de santé. Autisme de l’enfant : rester en alerte pour dépister au plus tôt, 2018. Consulter la source
- Loomes R., Hull L., Mandy W. P. L. What is the male-to-female ratio in autism spectrum disorder? A systematic review and meta-analysis. Journal of the American Academy of Child and Adolescent Psychiatry, 2017 ; 56(6) : 466-474. Consulter la source
- Faraone S. V. et al. The World Federation of ADHD International Consensus Statement: 208 evidence-based conclusions about the disorder. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 2021 ; 128 : 789-818. Consulter la source
- Inserm. Dyslexie, dysorthographie, dyscalculie : bilan des données scientifiques. Expertise collective, 2007. Consulter la source
- Lai M.-C. et al. Prevalence of co-occurring mental health diagnoses in the autism population: a systematic review and meta-analysis. The Lancet Psychiatry, 2019. Consulter la source
- Ackerman K. Au-delà du génie : plongée dans le monde complexe du haut potentiel. Revue médicale de Bruxelles, 2023 ; 44(4). Consulter la source