Hypnose de spectacle et street hypnose : ce qui se passe vraiment

Illustration : à gauche, une scène de spectacle avec rideaux, projecteur et pendule ; à droite, deux personnes face à face dans la rue, un point d’attention lumineux entre elles

Un homme qui aboie sur scène, une spectatrice persuadée d’avoir oublié son prénom, une rangée de volontaires qui s’endorment d’un claquement de doigts… Après chaque spectacle d’hypnose diffusé à la télévision, la même question revient : est-ce que c’est truqué ?

La réponse honnête tient en une phrase : ce n’est ni de la magie, ni une simple supercherie. Et pour comprendre ce qui se passe vraiment, il est utile de comparer le spectacle avec une autre pratique, beaucoup plus dépouillée : la street hypnose. J’ai pratiqué la street hypnose et formé des praticiens pendant des années, avant d’en faire la base de mon travail en cabinet. Voici ce que j’en ai retenu.

Hypnose de spectacle, street hypnose : de quoi parle-t-on ?

L’hypnose de spectacle, c’est un numéro de scène. Une salle, des lumières, un artiste et une dizaine de volontaires venus du public. Le spectacle est écrit à l’avance : il doit durer deux heures, faire rire et surprendre.

La street hypnose, ou hypnose de rue, se pratique en face à face, avec un passant qui accepte de tenter l’expérience. Pas de scène, pas de salle acquise, pas de décor : quelques minutes, deux personnes, et des phénomènes que la personne vit dans son propre corps. Main collée sur une table, bras qui se soulève tout seul, chiffre qui disparaît de la mémoire le temps d’un instant…

Les deux utilisent les mêmes ressorts : l’attention, l’imagination et la suggestion. Mais elles n’en font pas du tout le même usage.

Comment un hypnotiseur de spectacle choisit ses volontaires

La sélection, c’est la moitié du spectacle. Elle commence souvent avant même que les volontaires montent sur scène : l’hypnotiseur propose à toute la salle un petit test, par exemple croiser les mains et imaginer qu’elles se collent. Ceux dont les mains restent vraiment collées sont invités à monter. Les autres restent assis.

Une fois sur scène, le tri continue. Ceux qui réagissent peu sont discrètement renvoyés à leur place, et ceux qui jouent le jeu avec le plus d’intensité gardent le premier rôle. Dès 1971, deux chercheurs américains, Meeker et Barber, ont montré qu’une grande partie de ce que l’on voit sur scène s’explique par la situation elle-même : la sélection de volontaires très réceptifs et volontaires, l’attente d’un public qui a payé pour voir quelque chose, et l’envie de ne pas décevoir[1].

Il faut ajouter un fait bien établi : nous ne sommes pas tous égaux face à la suggestion. Cette capacité varie beaucoup d’une personne à l’autre et reste remarquablement stable au cours de la vie. Une étude a suivi les mêmes personnes pendant vingt-cinq ans et retrouvé des scores très proches d’une mesure à l’autre[2]. Sur une salle de cinq cents personnes, l’hypnotiseur n’a donc qu’à repérer les quelques dizaines qui réagissent le plus fort.

Alors, c’est truqué ?

Pas au sens où on l’entend habituellement. Les personnes très réceptives vivent réellement une partie de ce qu’on leur suggère, et cela se mesure. Dans une expérience menée à l’université Cornell, une simple suggestion a suffi pour que des participants très réceptifs ne soient plus gênés par une tâche qui piège tout le monde : nommer la couleur de l’encre d’un mot écrit, quand ce mot désigne une autre couleur. Leur cerveau avait tout simplement cessé de lire le mot, un automatisme que l’on croyait impossible à couper[3].

Mais sur scène, ces phénomènes réels sont mélangés à beaucoup d’autres ingrédients :

  • la pression du groupe : sous les projecteurs, devant des centaines de personnes qui attendent, il est très difficile de dire « non, ça ne marche pas sur moi » ;
  • la permission : « c’est l’hypnose qui m’a fait faire ça » offre une excuse parfaite pour se lâcher et faire le pitre ;
  • le montage, pour les émissions de télévision, qui ne garde que les réactions les plus spectaculaires ;
  • quelques numéros qui n’ont rien d’hypnotique, comme la fameuse « planche humaine » : un corps bien gainé, posé entre deux chaises, tient très bien sans hypnose.

Et puis il y a tout le folklore : le regard fixe, le pendule, le « dormez ! » lancé d’une voix grave, les gestes théâtraux. Tout cela fait partie du costume, pas du mécanisme. Une étude publiée en 2020 dans Nature Communications l’illustre bien : les gens répondent aux suggestions avec ou sans rituel d’hypnose, et l’induction n’augmente les réponses que d’environ 10 %, un gain que les auteurs attribuent surtout au mot « hypnose » lui-même[4]. Le pouvoir n’est pas dans les yeux de l’hypnotiseur. Il est dans la tête de la personne hypnotisée.

La street hypnose : l’hypnose sans le folklore

C’est ce qui m’a attiré dans la street hypnose. On enlève la scène, le public, les projecteurs et la mise en scène, et il ne reste que l’essentiel : deux personnes et ce que l’une d’elles est capable de vivre.

  • Pas de pression d’une salle. Le passant n’a rien à prouver à personne. S’il ne ressent rien, il le dit, et c’est très bien ainsi.
  • Un accord à chaque étape. On demande à la personne si elle veut essayer, on lui explique ce qu’on va faire, et elle peut arrêter à tout moment.
  • Des phénomènes vécus de l’intérieur. La personne ne fait pas un numéro pour les autres. Elle découvre dans son propre corps que sa main ne se décolle plus, puis que tout revient dès qu’on le lui propose. Souvent, elle éclate de rire, parce qu’elle ne pensait pas en être capable.
  • Aucune humiliation. On ne fait pas imiter la poule à quelqu’un. Le but n’est pas de faire rire une salle aux dépens de quelqu’un, mais de montrer à la personne ce que son esprit sait faire.
  • Ce qui est mis en valeur, c’est la personne, pas l’hypnotiseur. Le praticien guide, rien de plus. Les ressources mobilisées appartiennent à celui ou celle qui les vit.

Soyons honnêtes pour autant : la street hypnose n’est pas magique non plus. Les vidéos que l’on trouve en ligne sont montées, et on n’y voit pas les passants qui ont refusé ou qui n’ont rien ressenti. Ce qu’elle montre, en revanche, c’est l’hypnose à nu : rapide, concrète, sans artifice, et respectueuse de la personne.

Et les risques ?

Pour la grande majorité des gens, participer à une démonstration d’hypnose est une expérience sans conséquence, et souvent agréable. Une étude menée auprès de participants à des spectacles a relevé surtout des expériences positives, mais aussi, chez une partie d’entre eux, des sensations désagréables passagères dans les heures ou les jours suivants[5]. Une revue de la littérature sur les effets indésirables de l’hypnose note que les incidents les plus sérieux sont rapportés en contexte clinique et en contexte de divertissement, et que le cadre d’un spectacle ne permet pas de protéger correctement des participants fragiles[6].

C’est là que les deux pratiques divergent le plus. Sur scène, une personne peut enchaîner des suggestions pendant une heure, sous le regard de centaines d’inconnus, avant de rentrer chez elle sans que personne ne vérifie qu’elle va bien. En street hypnose bien pratiquée, l’échange dure quelques minutes, en tête-à-tête : on lève chaque suggestion, on s’assure que la personne est bien revenue et on prend le temps de répondre à ses questions.

Certains pays encadrent d’ailleurs strictement les spectacles. Au Royaume-Uni, toute démonstration publique d’hypnose est soumise à une autorisation locale depuis 1952, et interdite sur les mineurs[7]. En Belgique, une loi de 1892 sanctionne le fait de « donner en spectacle une personne hypnotisée » : en 2017, un spectacle d’hypnose a ainsi été annulé à Colfontaine à la demande du procureur du Roi[8]. En France, aucune loi spécifique n’encadre ces spectacles.

De la rue au cabinet

La street hypnose m’a appris une chose essentielle : pas besoin de longues relaxations ni de rituels pour accéder à l’hypnose. Il suffit d’une attention partagée et de phénomènes que la personne ressent concrètement. C’est ce qui fonde l’hypnose active que je pratique aujourd’hui en séance.

Cette approche convient particulièrement aux personnes qui ont du mal à rester immobiles ou à « faire le vide », comme beaucoup de personnes TDAH : on part de leur attention telle qu’elle est, au lieu de lutter contre. C’est l’une des raisons pour lesquelles je me suis spécialisé dans l’accompagnement des personnes neuroatypiques.

Évidemment, une séance n’a rien d’un spectacle : pas de public, pas de démonstration, et un cadre confidentiel. On travaille sur ce qui vous amène, qu’il s’agisse de stress, de confiance en soi ou d’une autre difficulté, et vous restez conscient et maître de vous du début à la fin.

Ce qu’il faut retenir

  • Le spectacle d’hypnose n’est pas un pur trucage, mais il repose largement sur la sélection des volontaires, la pression du groupe et la mise en scène.
  • La capacité à répondre aux suggestions varie d’une personne à l’autre et reste stable au cours de la vie : sur scène, on ne voit que les plus réceptifs.
  • Le pendule, le regard fixe et le « dormez ! » relèvent du folklore : ce n’est pas ce qui produit l’hypnose.
  • La street hypnose montre l’hypnose sans artifice : en face à face, avec l’accord de la personne, sans humiliation, en quelques minutes.
  • En cabinet, l’hypnose n’a rien d’un spectacle : c’est un outil d’accompagnement, au service de votre objectif.

Pour aller plus loin

Sources

  1. Meeker W. B., Barber T. X. Toward an explanation of stage hypnosis. Journal of Abnormal Psychology, 1971 ; 77(1) : 61-70. Consulter la source
  2. Piccione C., Hilgard E. R., Zimbardo P. G. On the degree of stability of measured hypnotizability over a 25-year period. Journal of Personality and Social Psychology, 1989 ; 56(2) : 289-295. Consulter la source
  3. Raz A., Shapiro T., Fan J., Posner M. I. Hypnotic suggestion and the modulation of Stroop interference. Archives of General Psychiatry, 2002 ; 59(12) : 1155-1161. Consulter la source
  4. Lush P., Botan V., Scott R. B., Seth A. K., Ward J., Dienes Z. Trait phenomenological control predicts experience of mirror synaesthesia and the rubber hand illusion. Nature Communications, 2020 ; 11 : 4853. Consulter la source
  5. Crawford H. J., Kitner-Triolo M., Clarke S. W., Olesko B. Transient positive and negative experiences accompanying stage hypnosis. Journal of Abnormal Psychology, 1992 ; 101(4) : 663-667. Consulter la source
  6. Gruzelier J. Unwanted effects of hypnosis: a review of the evidence and its implications. Contemporary Hypnosis, 2000 ; 17(4) : 163-193. Consulter la source
  7. Hypnotism Act 1952. Royaume-Uni, legislation.gov.uk. Consulter la source
  8. Interdit à Colfontaine, le spectacle de l’hypnotiseur Messmer aura lieu à Charleroi. RTBF, 16 janvier 2018. Consulter la source
Nicolas Delage, hypnothérapeute au Fontanil-Cornillon, près de Grenoble

À propos de l’auteur

Nicolas Delage, hypnothérapeute à Grenoble

Hypnothérapeute certifié en hypnose ericksonienne, plus de 20 000 séances, avec une attention particulière aux personnes neuroatypiques.

Nicolas Delage, hypnothérapeute au Fontanil-Cornillon, près de Grenoble
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