Tatoueurs, dentistes, auto-écoles… Ces professionnels qui utilisent l’hypnose

Illustration : un point central d’attention entouré de six pictogrammes, dermographe de tatouage, volant, dent, cœur, enfant et médaille

Quand on pense à l’hypnose, on imagine souvent un cabinet feutré, un fauteuil et une séance d’une heure. Pourtant, l’hypnose sort de plus en plus du cabinet. Des tatoueurs, des moniteurs d’auto-école, des dentistes, des équipes du SAMU ou des sages-femmes s’en servent au quotidien, chacun dans son métier, pour apaiser la douleur, calmer le stress ou rendre un moment difficile plus supportable.

Tour d’horizon de ces usages, avec pour chacun ce que l’on sait vraiment de leur efficacité.

Chez le tatoueur : se faire tatouer sans (trop) souffrir

Le tatouage fait mal, surtout sur les zones osseuses comme les côtes ou le sternum. Et l’appréhension amplifie la douleur. C’est pourquoi certains tatoueurs se forment à l’hypnose, ou travaillent avec un hypnothérapeute présent pendant la séance.

Des formations spécifiques existent désormais en France : l’une d’elles, montée avec une école de tatouage, propose en trois jours d’apprendre à « utiliser l’hypnose pour la gestion du stress et de la douleur pendant les séances de tatouage »[1]. Un journaliste néerlandais, qui s’est fait tatouer sous hypnose à Amsterdam, raconte ainsi n’avoir ressenti aucune douleur pendant les deux heures de séance… et avoir immédiatement senti la différence lorsque le tatoueur est repassé sur un trait après la transe[2].

Le principe repose sur la dissociation : la personne a la sensation d’être « à côté » de la zone tatouée, ou ailleurs, pendant que le tatoueur travaille. Il est aussi possible de se préparer en amont, en apprenant l’autohypnose en cabinet sur plusieurs séances, pour l’utiliser soi-même le jour du tatouage.

Il n’existe pas, à ce jour, d’étude scientifique solide dédiée au tatouage. Mais le mécanisme est le même que celui de l’hypnose contre la douleur, bien étudié par ailleurs.

À l’auto-école : passer le permis sans se laisser paralyser

Le stress de l’examen du permis de conduire fait échouer des candidats qui conduisent pourtant très bien. Certaines auto-écoles ont décidé de s’attaquer au problème : à Mulhouse, par exemple, un réseau d’auto-écoles propose à ses élèves des consultations avec un hypnothérapeute spécialisé dans l’anxiété du permis, pour « gérer son stress et ses émotions », « booster sa confiance » et « améliorer sa concentration »[3].

L’idée n’est pas d’apprendre à conduire sous hypnose, mais de désamorcer la montée de stress liée à l’examinateur, au regard des autres ou à un échec précédent. C’est le même travail que pour la préparation d’un examen ou d’un entretien.

Chez le dentiste : apaiser la peur du fauteuil

La peur du dentiste est l’une des plus répandues, et elle pousse certaines personnes à repousser des soins pourtant nécessaires. De nombreux chirurgiens-dentistes se forment donc à l’hypnose, ou à la communication hypnotique, pour aider leurs patients à se détendre pendant les soins.

Une méta-analyse de 2022, portant sur 19 essais cliniques chez l’adulte, invite à la nuance : l’hypnose peut être « une méthode puissante » pour réduire l’anxiété dentaire, mais les résultats varient beaucoup d’une étude à l’autre, et les thérapies cognitivo-comportementales restent l’approche la mieux documentée[4].

Aux urgences : dès l’appel au 15

Le SAMU de Lyon fait figure de pionnier. Depuis 2017, ses infirmiers sont formés à l’hypnose, et environ 10 % des patients pris en charge par le SAMU 69 en ont bénéficié. L’hypnose y commence parfois dès l’appel au Centre 15, et elle est particulièrement utilisée auprès des enfants, du nourrisson à l’adolescent[5].

Dans l’urgence, il ne s’agit pas de longues séances : quelques phrases, une voix posée et une attention détournée vers une image rassurante peuvent suffire à faire baisser la panique d’un enfant ou d’un blessé, et à faciliter les soins.

À l’hôpital : les piqûres des enfants

Vaccins, prises de sang, perfusions : pour beaucoup d’enfants, l’aiguille est une épreuve. Une revue Cochrane de 2018 sur les interventions psychologiques dans ces situations montre que l’hypnose réduit la douleur et la détresse rapportées par les enfants et les adolescents, avec des effets importants[6]. Les auteurs soulignent toutefois que la qualité des preuves reste très faible, faute d’études suffisamment nombreuses et rigoureuses.

En maternité : l’accouchement

De nombreuses sages-femmes proposent une préparation à la naissance par l’hypnose. Là encore, la recherche invite à la prudence : une revue Cochrane de 2016, portant sur 9 essais et près de 3 000 femmes, montre une moindre utilisation globale d’antalgiques chez les femmes préparées par l’hypnose, mais pas de différence nette sur le recours à la péridurale, avec des preuves de faible qualité[7].

Autrement dit, l’hypnose peut aider certaines femmes à mieux vivre l’accouchement, mais elle ne remplace pas les moyens médicaux de soulagement de la douleur.

Dans le sport : la préparation mentale

Visualiser un geste, gérer la pression d’une compétition, récupérer après une blessure : les préparateurs mentaux utilisent volontiers des techniques proches de l’hypnose. Une revue systématique de 2025, portant sur 13 études, relève des liens significatifs entre l’hypnose et l’amélioration des performances, une récupération plus rapide après blessure et une baisse du stress en compétition[8]. Les auteurs précisent que la plupart des études sont de qualité moyenne et appellent à des essais plus rigoureux.

En entreprise et dans les associations

L’hypnose et l’autohypnose s’invitent aussi dans le monde du travail, sous forme de conférences, d’ateliers de gestion du stress ou de formations. Au fil des années, j’ai moi-même eu l’occasion d’intervenir auprès d’entreprises, d’associations et de structures de santé, pour présenter l’hypnose ou transmettre des outils simples à utiliser au quotidien.

Vous êtes un professionnel et vous vous demandez comment l’hypnose pourrait s’intégrer à votre activité, ou à celle de votre équipe ? Écrivez-moi : nous pourrons en parler.

Ce qu’il faut retenir

  • L’hypnose n’appartient pas qu’aux hypnothérapeutes. Beaucoup de professionnels l’intègrent à leur métier, avec une formation adaptée.
  • Les preuves varient selon les usages. Solides pour la douleur et les soins médicaux, encore limitées pour d’autres situations.
  • Le cadre compte. Un professionnel formé utilise l’hypnose dans son domaine de compétence, sans jamais remplacer un soin médical.
  • L’autohypnose rend autonome. Apprise en cabinet, elle peut vous accompagner chez le tatoueur, le dentiste, avant un examen ou une compétition.

Si une situation de ce type vous inquiète (un tatouage, un soin dentaire, l’examen du permis), une ou deux séances en cabinet peuvent vous aider à vous y préparer. Découvrez les motifs de consultation ou posez-moi votre question.

Pour aller plus loin

Sources

  1. Santé Formation, en partenariat avec l’École française de tatouage. Formation : l’hypnose pour tatoueur. Consulter la source
  2. Van Gijlswijk A. I got a tattoo under hypnosis. Vice. Consulter la source
  3. Auto-École Montaigne (Mulhouse et Sundgau). Consultation hypnose permis. Consulter la source
  4. Wolf T. G., Schläppi S., Benz C. I., Campus G. Efficacy of hypnosis on dental anxiety and phobia: a systematic review and meta-analysis. Brain Sciences, 2022 ; 12(5) : 521. Consulter la source
  5. Le SAMU de Lyon, pionnier de l’hypnose pour les enfants. Le Quotidien du médecin. Consulter la source
  6. Birnie K. A., Noel M., Chambers C. T., Uman L. S., Parker J. A. Psychological interventions for needle-related procedural pain and distress in children and adolescents. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2018. Consulter la source
  7. Madden K., Middleton P., Cyna A. M., Matthewson M., Jones L. Hypnosis for pain management during labour and childbirth. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2016. Consulter la source
  8. Miró A., Mesperuza M., Jensen M. P., Day M. A., García F., Miró J. Therapeutic hypnosis and sports performance: a systematic review. International Review of Sport and Exercise Psychology, 2025. Consulter la source
Nicolas Delage, hypnothérapeute au Fontanil-Cornillon, près de Grenoble

À propos de l’auteur

Nicolas Delage, hypnothérapeute à Grenoble

Hypnothérapeute certifié en hypnose ericksonienne, plus de 20 000 séances, avec une attention particulière aux personnes neuroatypiques.

Nicolas Delage, hypnothérapeute au Fontanil-Cornillon, près de Grenoble
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